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Revivez les Jeux Olympiques de Paris 1924. Épisode 1 : le 100m d’Harold Abraham

Revivez les Jeux Olympiques de Paris 1924. Épisode 1 : le 100m d’Harold Abraham
Par Sylvain Bazin 26 septembre 2017 5967 Vues Aucun commentaires

Revivez les Jeux Olympiques de Paris 1924. Épisode 1 : le 100m d’Harold Abraham

C’est officiel depuis quelques jours, Paris organisera les Jeux Olympiques en 2024!

Une organisation qui la France sportive attendait depuis...presque 100 ans. Les derniers JO d'été en France remontent en effet aux Jeux Olympiques de Paris de 1924. Ce sera donc aussi un anniversaire très symbolique !

Pour fêter cette anniversaire, je vous propose de revivre les grands moments d’athlétisme de ces jeux des années folles, comme si vous y étiez ou presque.

Nous démarrons cette série avec le 100 m, remporté par l’anglais Harold Abrahams.

Nous sommes le 7 juillet 1924. Il fait lourd sur le stade de Colombes où plus de 10 000 personnes se pressent autour de la piste en cendrée. La finale du 100 m devait avoir lieu à 18 h mais finalement elle a été repoussé à 19.
Qu’importe, l’heure fatidique approche. Voici les six finalistes qui sortent du couloir d’échauffement.

C’est la finale la plus attendue de la soirée ! Sur ces six coureurs, quatre sont américains. Dont les deux favoris : le tenant du titre, surnommé “l’éclair californien”, le recordman du monde du 100 yards et du 100 m avec 10s ⅖ . C’est le plus grand sprinter des années 20. Son style, son physique attypique l’ont également rendu célèbre. Il a l’habitude d’effectuer un saut de 3 à 4 mètres pour terminer ses courses. 75 kilos pour 1m72, il est bâti comme un bouledogue mais sacrément puissant.

Son grand rival sera sans doute Jackson Scholz. Quatrième il y a quatre ans, le sprinter de Columbia a encore progressé. Il est co-recordman du monde aux dixièmes, en 10s 6. Il mesure également 1 m72 mais pour un gabarit beaucoup plus léger que celui de Paddock, 61 kilos seulement!

Leur principal rival sera sans doute Harold Abrahams. Le britannique de l’université de Cambridge s’est préparé avec minutie et un entraînement conduit par le sulfureux Sam Mussabini, le coach professionnel qu’il a engagé cette année spécialement pour préparer le jeux. Abrahams semble très concentré.
Va-t-il mettre tout le monde d’accord ? En demi-finale, tout à l’heure, il a bien failli passer à la trappe : il a cru à un faux départ et n’a d’abord pas bougé. Cinq mètres de retard. Mais quelle course il a produit ensuite : il a égalé le record olympique en 10s 6 et l’a emporté.
Très impressionnant, mais ses nerfs tiendront ils cette fois? L’anglais est plus grand, 1m 83, que ses rivaux. Il pèse 75 kilos, tout en muscles.

Nous retrouvons aussi dans cette finale les autres américains Chester Bowman et Loren Murchinson et enfin le néo-zélandais Arthur Porritt.

A vos marques...

Les finalistes creusent maintenant, à l’aide de leurs petites pelles, leurs marques de départ. La cendrée est un peu lourde mais humide, c’est facile à creuser. Chacun réalise cette opération avec attention, pour bien respecter ses propres marques (1). Paddock, à l’intérieur, semble détendu. Abrahams lui a l’air très concentré. Dans le public, on entend les supporters américains donner de la voix.

Les coureurs s’installent en position. A vos marques… prêts ? C’est parti! Cette fois Abrahams n’est pas resté collé au départ et il a pris la tête. Va-t-on assister au retour de Paddock, l’éclair californien ? Non… Paddock est loin, Scholz semble même le plus dangereux mais l’anglais tient sa victoire!
Abrahams se jette sur la ligne. Il a gagné. On attend le chronomètrage. C’est Scholz qui termine à la seconde place et la médaille de bronze revient au néo-zélandais Porrit. Le verdict du chronomètre tombe : 10 s 6 /10. Le record olympique est égalé, ainsi que le record mondial aux dixièmes. Mais Abrahams était sans doute allé plus vite sur sa demi-finale, après son départ manqué.
Qu’importe, c’est une belle victoire pour l’athlétisme britannique qui décidément tient la dragée haute aux américains sur ces Jeux Olympiques de Paris!
A l’époque, les starting-blocks n’étaient pas encore utilisés. Les sprinters creusaient des trous dans la cendrée pour y caler leurs pieds en position de départ accroupi. Les starting-blocks ne seront autorisés au Jeux Olympiques qu’à partir de 1948.

Vidéo: Running with Harold Abrahams (1924)

Encadré : la véritable histoire d’Harold Abrahams.

Harold Abrahams est un des deux principaux protagonistes des Chariots de feu, sorti en 1981 et qui relate son amitié et sa rivalité avec l’écossais Eric Liddell, vainqueur du 400 m à Paris. Ce dernier comptait aussi parmi les favoris du 100 m, mais avait préféré renoncer par convictions religieuses, l’épreuve se courant un dimanche.
Si le film est finalement assez fidèle à la réalité malgré quelques licences poétiques, la vie d’Harold Abrahams fut tout aussi tragique et intense.

Né d’un père issu de l’immigration juive polonaise et d’une mère juive galloise, il est le dernier d’une famille de trois garçons (ses frères connaîtront aussi des succès sportifs). Son fort caractère et ses talents de sprinters l’amèneront au plus haut-niveau.
Il puisera notamment sa motivation dans l’antisémitisme dont il est notamment victime au lycée de Repton. Il entre ensuite à l’université de Cambridge où il se lie d’amitié avec de nombreux athlètes qui fournissent une bonne partie des personnages du film Les Chariots de feu .

Sélectionné aux Jeux Olympiques de 1920, il ne peut dépasser les quarts de final sur 100 et 200 m, et doit se contenter d’une 20e place à la longueur.
Mais il s’entraîne d’arrache-pied pour améliorer ces résultats. Quelques mois avant les jeux olympiques de Paris, il est le premier athlète amateur à s’attacher les services d’un coach professionnel, le sulfureux Sam Mussabini.
Celui-ci conseillera à Abrahams de se concentrer sur le 100 m pour les Jeux Olympiques, alors même qu’Abrahams vient d’établir à quelques mois de l’échéance un record britanniques à la longueur (7m38) qui tiendra… 32 ans!

Mais le conseil est bon : Harold devient l’homme le plus rapide du monde le 7 juillet 1924. Même si il se classe dernier de la finale du 200 m, il a atteint son but. L’année suivante, sa carrière athlétique se termine sur un accident de saut en longueur, où il se fracture une jambe.

Une autre brillante carrière d’avocat et de journaliste l’attend. Il se mariera plus tard avec la cantatrice Sybil Evers (dans le film, son personnage rencontre une autre chanteuse, dix ans avant…).
Harold Abrahams, qui fut longtemps commentateur pour la BBC, reste une figure importante de l’histoire de l’athlétisme britannique. Il fut aussi le président du comité athlétique juif.

Vidéo: The Fastest Men On Earth (1924 - Paris)